samedi 18 octobre 2008

Karim, 3min45 au kilo ... jusqu'au bout de Berlin

Karim juste après son marathon avait fait un récit, après deux semaines de vacances pour bien récupérer, il m'a renvoyé son texte et je le publie parce que j'ai le droit d'être fier de sa préparation, il a tourné et tourné sur piste à 3'45 au kilo, il a stabilisé sa FC. Pendant 6 semaines on a bien vu qu'elle descendait correctement au fur et à mesure de l'entrainement spécifique.
Voici donc ce qu'a écrit un marathonien qui encore une fois a tenu le tempo jusqu'au bout et je sais que c'est réellement très difficile.
Berlin. Depuis le marathon du Sénart, je ne pense qu'à ça. Berlin. La nuit je me revaillais en sueur...BERLIN bordel !
Je dis aux copains, venez on va à Berlin ! Nan, fait chier de s'entrainer en été. Mouais...je persiste et m'inscris assez tôt à ce RDV incontournable. BERLIN ! J'allume un cierge et prie pour qu'une Force quelconque nous offre à nouveau un été bien pourri qui gâchera certes les vacances des français mais qui m'offrira des conditions d'entrainement optimales. Mes paroles fûrent entendues...et récompensées. Youpi !!
Berlin, enfin! Pour Berlin, j'ai mis la barre haute...ça m'effrayait même un peu mais sur le terrain ça semblait passer. Ca devait en théorie passer le jour J.
J'ai passé mon été les yeux rivés sur le cardiofréquencemètre et les temps de passage. Je n'ai rien laissé au hasard quand il s'agissait de bosser l'allure cible. C'est parfois fastidieux...mais ça n'a jamais émoussé ma motivation et mon plaisir de courir. Bien au contraire. Il fallait que je m'y fasse et que j'enregistre l'allure. 3min45 au kilo. 22.5" sec au 100, 45" au 200, 1'07" au 300m 1'30" au 400m. Fallait que ça rentre dans les jambes et dans la tête. Afin que mes jambes s'habituent précisement à ce nouveau tempo, je me suis volontairement astreint à faire des séances spécifiques sur piste. Comme cette fameuse fois ou j'ai tourné 1h à 3'45 au kilo. 40 tours de piste...je ne le ferai pas tous les jours ! "Wish you were here" de Pink Floyd me décontractait tout au long de ce périble sur tartan. Heureusement un séjour à la montagne m'a permis de changer de cadre...
L'entrainement fût long et fatiguant sur la fin. J'ai savouré les 2 dernières semaines où j'ai bien levé le pied et laissé le corps souffler. C'est toujours dur d'accepter ce repos quasi-forcé mais ô combien indispensable pour arriver en forme le jour J.
Et puis un nardinomouk de rhume a pointé son nez le dernier week-end... Je ne sais pas si mon corps s'est mis à le combattre mais mes puls se sont mises à grimper de façon inquiétante et mon footing du mardi fût fastidieux. Ce n'était pas bon signe. Mais quelque part je me suis dit que je n'avais encore jamais echoué sur Marathon et qu'il fallait un début à tout... Mais pas à Berlin !
Consigne du coach: "range ton cardio et débranche ton cerveau jusqu'à dimanche." J'entends et obtempère... mais je reste inquiet.
Car sur Marathon il n'y pas de secret, pas d'entourloupes et surtout pas de miracle. Si je suis à +12 puls c'est foutu, je serai grillé avant le 30ème km. Ce n'est pas cool d'aborder un marathon sur de telles certitudes et pourtant...ça ne fonctionne pas autrement.
Endlich mal in Berlin angekommen !
Immédiatement je suis séduit par la ville et l'ambiance germanique avec qui je n'avais pas renoué depuis quelques années. Mon allemand revient assez vite mais si je réponds souvent machinalement par No au lieu de Nein... :o)
Quelques galères pour récupérer le dossard et vite fait on rentre à l'apparte-hôtel pour l'apéro. Coca et de la "folfik" pour moi, c'est vraiment la loose :o)) On est comme 2 étudiants dans notre studio de 25m2, notre petite table et mon assiette remplie de pâtes ! Céline tu apportes le dessert ? Pain d'épice ou Gatosport ? Quelle misère...tu préfères une biscotte nature ? Bon...ben file moi du Gatosport alors.
Visites le samedi, je marche, je marche, j'essaye de m'économiser en m'asseyant régulièrement. Si Charlie me voyait crapahuter comme ça ... Ma bouteille d'eau ne me quittera jamais. Vite fait je m'octroie un petit footing de 20min dans TierGarten et quelques lignes droites. Les puls s'annoncent déjà bien meilleures et mes jambes sont au top.
Dimanche matin, je suis fin prêt. Douché, habillé, je reste allongé sur le fauteuil, j'attends Céline qui n'en finit pas de se doucher... Un court moment face à moi même. On sort, le temps est parfait. Sehr gut.
Arrivés au Reichtag, je dis au revoir à ma Céline et rentre dans la zone des coureurs. Direction le SAS d'entrée après un long chemin dans TierGarten. Ca bouchonne un peu pour rentrer dans le SAS B...je râle un peu mais je finis par comprendre que l'accès est fermé jusqu'à ce que les Handisports soient partis. Also warte ich... Ayé c'est chose faite, l'accès est à nouveau ouvert... hop je me faufile.
J'apprecie la rigueur des allemands. Chacun respecte son SAS. Je donne quelques coups d'oeil à droite et à gauche. Je vois quelques dossards C, D, E, F et G...pas des allemands...mais des latins...comme d'habitude.
Je retrouve les copains, on papotte un peu et v'la Gebre qui arrive enfin dans le SAS Elite à quelques mètres de nous. C'est une ovation que nous lui faisons que même le Pape Benoit Siebzehn en crèverait de jalousie. Il nous salue à son tour et nous gratifie de son franc sourire. Voir Haile et mourir !
Une minute avant le départ j'enfile mes gants noirs puants, mon Corsair CLM... que dis-je, mon compagnon de course ! Plus fétichiste que moi tu meurs ! Je tremble de partout, j'ai peur, je sais ce qui m'attend, je sais que ça va être dur, je me dis qu'il faut vraiment être cinglé. Je passe mes mains sur mon visage, ma langue sur mes gants salés de mes efforts de l'hiver dernier. Le coup de flingue retentit, Haile et ses lièvres partent comme des fusées. Nous autres, simples mortels, nous élançons à notre tour.
Les premiers kilomètres défilent machinalement, je suis dans les temps mais les sensations ne sont pas au RDV. Je regrette de ne pas m'être echauffé plus longuement. Mécaniquement j'enchaine les kilomètres, 3'45, 3'42, 3'44, 3'47...ça roule. A ma grande surprise les ravitos se font tous les 2.5 km ! Je trouve ça super chouette d'avoir des gobelets tous les 2.5km. Moi qui ne boit pas beaucoup à chaque ravito ça me suffit pour tenir jusqu'au prochain. Je ne sais pas pourquoi ça ne se fait pas en France ? Problème de règlement peut-être ? Une idée à creuser !
Les kms défilent, la foule est partout, un truc de fou. Les puls se tiennent bien. Elles ne sont pas optimales mais ça devrait tenir si ça ne s'emballe pas. Au 8ème km j'apperçois Céline qui s'est fait un véritable roadbook pour m'appercevoir à des points précis. La voir me déride un peu, je retrouve le sourire et décide de profiter à fond de cette course. Mais je n'oublie pas pour autant de toper le chrono tous les km car sur un tel parcours on a vite fait de s'emballer.
Passage au semi parfaitement dans les temps. Un poil en avance même ! Je rencontre un petit coup de moins bien juste après car je me retrouve soudainement tout seul. Le peloton suivant est à peine 15 mètres devant, mais ils me paraissent être à l'autre bout du monde. Essayer de les rejoindre pourrait me coûter cher. Tout comme mon porte-monnaie par ces temps de crise, je compte toute dépense de calorie superflue.
Seul sur le parcours, je sais que je vais finir par ralentir inconsciement autour du 32ème. Je passe un kilomètre à 3'54...ça commence à puer, et le doute me gagne. La foule en délire, les bruyantes clochettes des badauds, les orchestres...tout me casse les pieds.
Finit par surgir mon Ange Gardien ! Genau ! Un coureur allemand, une sacrée armoire à glace se joint à moi alors que nous passons le 24ème km. J'apperçois un p'tit gamin avec une pancarte sur laquelle je peux lire "Nur noch 19KM"... Mouaif...bof...je ne vois pas ça comme ça, moi.
Mon Ange gardien a l'air d'évoluer à mon allure, c'est une aubaine ! Dès lors le moral revient, et je me jure que quoiqu'il arrive durant le reste de la course, je ne lâcherai pas d'une semelle. Je me suis câlé à ses côtés, légèrement en retrait et on a couru ensemble, parfaitement synchronisés. Parfois le sentant ralentir, je passais un peu devant pour relancer la machine et ne pas s'endormir. Très vite il repassait légèrement devant et hop je me calai de nouveau dans sa foulée.
Les kilomètres ont commencé à défiler sans que je m'en rende compte...26, 27, 28... Puis les kilomètres cruciaux sont passés derrière nous, le 30, 31, 32ème km en 2h00'00 pile poil dans les temps. A ce moment de la course, je m'autorise à être optimiste en ce qui concerne la fin de course.
Bien que le parcours soit roulant, la fatigue finit tout de même par s'installer, les jambes s'allourdissent, j'ai envie de m'asseoir, de m'allonger par-terre et dormir, mais pas question de lâcher les baskets de mon lièvre. Je sens réellement que je vais finir par ralentir mais je m'oblige à le suivre. J'ai l'impression de relancer la machine comme sur les cross, lorsqu'on donne tout dans le dernier tour. Sauf que là je ne me bats pas pour accélérer, mais pour ne pas ralentir !
Je gobe mon dernier gel coup-de-fouet-psycho-somatique au 39ème...je suis toujours dans les temps. Le 40ème passe et mon lièvre m'a devancé de quelques secondes. Je ne tente pas de le rattraper car je sens que je commence à être sur le fil du rasoir. Moi je file vers Branderburg Tor et vèrs l'arrivée. C'est une foule immense qui nous accueille sur Unter Den Linden ! J'apperçois Julien le fils de Charlie magistralement bien placé pour photographier les coureurs. Les derniers 400 mètres sont un pur moment de bonheur ! Fou de joie, je passe la ligne d'arrivée en faisant l'avion...
Je suis mort, vidé, à sec, les cuisses en béton...ma bqa li walou ! comme qui dirait...
Certains penseront que toute cette course a un goût de "très-calculée-très-paramètrée" et d'autres se demanderont aussi, à raison, où peut bien être le plaisir de courir quand on ne laisse rien interférer dans l'allure quitte à se faire mal. C'est un point de vue que je comprends parfaitement. Mais je n'ai aucun mot assez fort pour décrire le joie et le bien être que j'ai pu ressentir tout au long de la course. Même quand j'étais fatigué et que je me forçais à garder une foulée potable.
Arrivera le jour où je bacherai sur marathon, mais ce n'était pas à Berlin !
Objectivement, je trouve que ce qui fait la richesse de ce marathon, ce n'est pas tant la qualité du parcours mais d'avantage la densité de coureurs qui fait qu'on ne se retrouve jamais seul !
Bravo à tous les finishers !

6 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est pour vivre des moments comme ceux la que nous prenons le départ d'un marathon , j'imagine ton émotion quand tu as franchis la ligne d'arrivée , les larmes n'étaient certainement pas loin !!
Merci ne nous avoir fais vivre ton "exploit" , bonne récup à toi.
Bruno C

michel a dit…

trop trop fort le karim , chaque année tu progresse et tu ne lache rien .

trés belle perf et joli récit

Anonyme a dit…

Chapeau à toi Karim pour ta motivation et ta pugnacité qui restent au top tout au long de l’année. Chapeau pour ta perf et pour tes progrès à chaque marathon qui sont énormes. Chapeau aussi au coach qui trouve là l’occasion d’appliquer ses méthodes en restant au top et avec des résultants concluants.

Bruno a dit…

Quelle course, quel récit, quel force morale !
Chapeau bas Karim, un marathon mené de main de maître que nous partageons au travers de ton compte-rendu. On ressent la volonté, le combat mené contre le chrono et l'envie de lâcher. Comme tu le dis, certains ne comprennent pas cet effort. Mais tous les compétiteurs, quel que soit leur niveau, te comprennent et saluent ta performance. Bravo Karim !

Momo a dit…

Bravo Karim, je reconnais bien là ton mental d'enfer. Quelle va être la prochaine barre maintenant ??

KArim a dit…

Merci à vous pour vos sympas p'tits commentaires ;o)
Merci à Charlie bien sûr de m'avoir emmené jusque là.
Quant au prochain objectif...
pour l'instant place aux cross :o)

Karim